Dernier numéro paru et prochain journal

Le journal N°191 de Juillet 2019 :

 « Qu’est-ce qui nous pousse

sur les chemins »

2 articles Bonus par des membres de P&R:

«  cheminer »

Notre chemin n’est pas tout tracé. C’est nous qui le construisons, qui l’aménageons. On ne suit pas exactement le chemin de quelqu’un d’autre.

« Nous devons nous habituer aux plus importantes croisées des chemins de notre vie. Il n’y a pas de signalisation » (E.Hémingway)

On peut se perdre dans les chemins mais les petits chemins mènent à la grande route ! Il y a le chemin de promenade, découverte de la nature, rencontres…et il y a le chemin de vie.

On peut se perdre en chemin mais cela permet parfois de refaire le point. Le chemin n’a pas de sens unique, on peut faire marche arrière. Même dans un couple on peut ne pas emprunter le même chemin. On a le même point de départ et le même point d’arrivée mais le parcours est différent. Il y a une partie de risque, d’errance ou d’aventure et d’inconnu.

Il y a des gens qui nous montrent le bon chemin par exemple les parents dans l’éducation de leurs enfants. Mais ceux-ci peuvent malgré tout suivre un autre chemin que celui qui leur a été indiqué. Il peut varier en fonction des aléas de la vie.

La personne handicapée fait son chemin à sa façon, en fonction de ses capacités physiques et intellectuelles.

Même sans se déplacer, on peut faire son petit bonhomme de chemin dans sa tête ! On va de l’avant. Au terme de sa vie, on refait et on revoit le chemin parcouru. Prend-on le temps de se poser pour faire l’inventaire ou le bilan de son chemin ?

« En vérité, le chemin importe peu, la volonté d’arriver suffit à tout «  (Albert Camus)

En arrivant au but, on a l’impression que tout est terminé. On ressent une sorte de déception de ne plus rien avoir après. La confrontation aux difficultés nous pousse à maintenir l’effort mais, après l’arrêt quand le but est atteint, cela ne nous laisse pas indifférent. On est face à une nouvelle porte qu’il faut franchir. IL faut voir au delà de cette porte. On va de l’avant.

On désire toujours aller plus loin, plus haut vers le sommet, connaître l’autre côté du versant. Il n’y a jamais de fin à notre curiosité.

Parcourir le chemin de Saint Jacques de Compostelle est une décision personnelle, volontaire et sans contraire. C’est un besoin de partage, de rencontre variées et imprévues, très enrichissant.

Le chemin : parabole et réalité

Le chemin se fait pèlerin. Parce que le chemin de Santiago n’est pas seulement un bout de chemin qu’il faut parcourir pour arriver quelque part, ce n’est pas une garantie d’obtenir une récompense. Le chemin de Santiago est parabole et vérité en même temps, parce qu’il se parcoure au-dedans et au dehors, dans le temps concret que durent les étapes, et tout au long de la vie, si tu as laissé le chemin te pénétrer, te transformer et faire de toi un pèlerin.

Le chemin te fait plus simple, parce que plus l’équipage est léger, moins ton épaule te sera lourde, et mieux tu feras l’expérience du peu de choses dont tu as besoin pour vivre.

Sur le chemin tu deviens frère et sœur. Tu seras prêt à partager le peu que tu portes avec toi, parce que même si tu commences le chemin tout seul, tu vas le faire finalement en compagnie. Le chemin engendre communauté qui se salue, qui s’intéresse au cheminement de l’autre personne qui écoute, qui partage.

Le chemin est exigeant. Il faut se lever avant le lever du soleil malgré la fatigue et les ampoules ; il faut marcher dans l’obscurité de la nuit qui va vers le jour ; il faut se reposer juste pour ne pas s’arrêter.

Le chemin t’invite à contempler, à te laisser surprendre, à accueillir, intérioriser, t’arrêter, te taire, écouter, admirer, bénir…la nature, tes compagnons de chemin, toi-même, Dieu.

Numéro 190 d’avril 2019:

Le chant ouvre des champs

Notre article Bonus

Chanter de tout coeur

Avec mon mari, nous faisons partie de la chorale de notre petite ville de Cluny. Nous répétons un soir par semaine,et parfois le samedi après-midi. J’y retrouve l’ambiance de Partage et Rencontre avec ses moments de convivialité. Nous fêtons les anniversaires, nous partageons nos joies et nos peines.

Le chant nous rapproche.

Le choeur, c’est comme une équipe, chaque choriste est différent de par sa personnalité, le timbre de sa voix, son pupitre et pourtant les voix s’harmonisent sous la baguette du chef, bien sûr.

Un chef de choeur très pédagogue qui ne nous mène pas du tout à la baguette, mais nous fait progresser par un sourire, un regard, l’écoute du piano et de sa voix.

Notre répertoire est varié, du classique à la variété en passant par le gospel et les concerts sont l’aboutissement du travail de chacun et de tous.

Le chant en chorale est vécu aussi comme une ouverture aux autres. Nous participons aux manifestations organisées par la ville : les commémorations, les fêtes de Noël, de la Musique. Nous offrons aussi un concert aux personnes en maison de retraite. À plusieurs occasions, nous avons chanté avec l’harmonie et les élèves de l’école de musique.

Nous avons accompagné un chanteur professionnel interprète de Jacques Brel.

Un jeune compositeur nous a écrit une pièce un « Te Deum » pour un concert à l’abbaye.

L’année dernière, pour la commémoration de la fin de la première guerre mondiale avec deux autres choeurs (quatre-vingts chanteurs) et une dizaine de musiciens, nous avons interprété le Requiem de Gabriel Fauré. Un défi que nous avons su relevé en tant qu’amateur.

C’est toujours très intéressant de rencontrer d’autres chanteurs et musiciens amateurs ou professionnels. Prochainement, nous invitons deux chorales de la région dont un choeur de jeunes adultes handicapés pour un concert à l’Hôtel Dieu.

Notre voix nous élève, elle nous conduit vers une autre dimension de l’ordre du divin, autant pour celui qui chante, que celui qui écoute. Lorsque je chante, je vis pleinement en accord avec mon corps, mon intelligence et mon esprit.

J’ai le souvenir gravé, de chants de Noël d’un 8 décembre.                                                         C’était dans le transept de l’Abbaye ouvert aux quatre vents, il faisait froid, il neigeait à l’extérieur. Lorsque nous avons entonné le Sanctus de Gabriel Fauré, nos voix d’une grande pureté se sont élevées sous la voûte. Ce fut un moment « magique » dans le sens de suspendu, hors du temps et de l’espace, pour l’enchantement des spectateurs venus nombreux à la fête des lumières.

Marie-Pierre Bertrand

Le journal de février 2019 :

« Bas les masques »

Je ne suis pas ce que je fais

Il y a quelques années, je participais à un congrès où beaucoup d’hospitaliers se retrouvent et j’ai ainsi croisé deux collègues. L’un, jeune quadra, qu’on pourrait qualifier « aux dents longues », et l’autre, ancien Directeur Général d’un CHU prestigieux, en retraite depuis à peine un an.

-Le premier, en quelques instants m’a tout de suite regardé d’un air condescendant et s’est présenté ainsi :« Bonjour, comme toi, suis directeur d’hôpital, je suis d’ailleurs le plus jeune directeur de ma catégorie d’établissement car j’ai plus de 1000 lits, Je suis Etablissement « support » d’un Groupe qui fait 200 millions de chiffre d’affaires, et je suis en excédent… Je travaille beaucoup. Je ne rentre jamais avant 21 heures … »

-Le second collègue retraité, portait une cravate un peu courte, un costume un peu grand pour lui avec le ruban de sa légion d’honneur apparent. Après quelques instants il me dit : «Tu sais, je ne m’y étais pas assez préparé : du jour au lendemain, j’ai eu l’impression de n’être plus rien. J’ai bien pris un statut de consultant mais ça ne marche pas … mes anciens fournisseurs et collègues ne m’appellent pas. Je m’ennuie… »

Depuis ces deux rencontres effectuées il y a deux ans, le premier a divorcé, et, en proie à une fronde médicale dans son établissement, il a dû quitter son poste pour se placer en recherche d’affectation. A l’heure qu’il est, il n’a pas encore trouvé de poste.

Le second, c’est encore plus triste, est décédé, frappé par un cancer fulgurant qui l’a emporté en six mois.

Le point commun entre ces deux histoires, c’est que ces deux collègues ont, selon moi, commis une erreur en confondant leur métier (ce qu’ils faisaient) et qui ils étaient.

J’observe que cette confusion est largement répandue dans nos milieux professionnels.

Lorsqu’on se présente, on dit souvent je suis : … directeur, retraité, infirmier, professeur, cadre chez IBM etc…

Ceci n’est en réalité qu’un masque.

Un masque vis-à-vis de nous-même pour nous rassurer sur notre importance, et un masque vis-à-vis des autres, en s’appuyant sur la croyance que dans notre environnement, ceux qui nous aiment vraiment , attachent plus d’importance à ce que nous paraissons qu’à ce que nous sommes vraiment.

Chacun de nous est bien plus que ce qu’il fait.

Etre vigilant à cet égard est un facteur d’équilibre.

Pour ma part, depuis quelques années, lorsque je me présente, je veille la plupart du temps à bien préciser que j’exerce le métier de directeur d’hôpital, mais que je suis bien plus que cela !

C’est ainsi, je pense que j’ai pu, sans trop de dommages, à traverser des crises professionnelles sérieuses, sans perdre pied et en gardant une certaine forme d’équilibre.

C’est aussi cette vigilance, qui je l’espère, me permettra d’aborder la retraite avec sérénité et confiance.

  • Sommes-nous prêts, quant à nous, en équipe, en famille, dans notre environnement amical et professionnel à oser affirmer : « Je ne suis pas ce que je fais » ?
  • Qu’avons-nous à y perdre ?
  • Que pouvons-nous y gagner ?

Pierre Thépot

thepot.pierre@gmail.com