Dernier numéro paru et prochain journal

Numéro 188 de novembre 2018:
Rencontre nationale à Évian-les-Bains
Le prochain numéro aura pour thème: « Bas les masques »
 Nous vous indiquons dorénavant le dossier du numéro suivant pour vous permettre d’intervenir, d’apporter votre témoignage ou vos réactions.

Le journal de février 2019 :

« Bas les masques »

Je ne suis pas ce que je fais

Il y a quelques années, je participais à un congrès où beaucoup d’hospitaliers se retrouvent et j’ai ainsi croisé deux collègues. L’un, jeune quadra, qu’on pourrait qualifier « aux dents longues », et l’autre, ancien Directeur Général d’un CHU prestigieux, en retraite depuis à peine un an.

-Le premier, en quelques instants m’a tout de suite regardé d’un air condescendant et s’est présenté ainsi :« Bonjour, comme toi, suis directeur d’hôpital, je suis d’ailleurs le plus jeune directeur de ma catégorie d’établissement car j’ai plus de 1000 lits, Je suis Etablissement « support » d’un Groupe qui fait 200 millions de chiffre d’affaires, et je suis en excédent… Je travaille beaucoup. Je ne rentre jamais avant 21 heures … »

-Le second collègue retraité, portait une cravate un peu courte, un costume un peu grand pour lui avec le ruban de sa légion d’honneur apparent. Après quelques instants il me dit : «Tu sais, je ne m’y étais pas assez préparé : du jour au lendemain, j’ai eu l’impression de n’être plus rien. J’ai bien pris un statut de consultant mais ça ne marche pas … mes anciens fournisseurs et collègues ne m’appellent pas. Je m’ennuie… »

Depuis ces deux rencontres effectuées il y a deux ans, le premier a divorcé, et, en proie à une fronde médicale dans son établissement, il a dû quitter son poste pour se placer en recherche d’affectation. A l’heure qu’il est, il n’a pas encore trouvé de poste.

Le second, c’est encore plus triste, est décédé, frappé par un cancer fulgurant qui l’a emporté en six mois.

Le point commun entre ces deux histoires, c’est que ces deux collègues ont, selon moi, commis une erreur en confondant leur métier (ce qu’ils faisaient) et qui ils étaient.

J’observe que cette confusion est largement répandue dans nos milieux professionnels.

Lorsqu’on se présente, on dit souvent je suis : … directeur, retraité, infirmier, professeur, cadre chez IBM etc…

Ceci n’est en réalité qu’un masque.

Un masque vis-à-vis de nous-même pour nous rassurer sur notre importance, et un masque vis-à-vis des autres, en s’appuyant sur la croyance que dans notre environnement, ceux qui nous aiment vraiment , attachent plus d’importance à ce que nous paraissons qu’à ce que nous sommes vraiment.

Chacun de nous est bien plus que ce qu’il fait.

Etre vigilant à cet égard est un facteur d’équilibre.

Pour ma part, depuis quelques années, lorsque je me présente, je veille la plupart du temps à bien préciser que j’exerce le métier de directeur d’hôpital, mais que je suis bien plus que cela !

C’est ainsi, je pense que j’ai pu, sans trop de dommages, à traverser des crises professionnelles sérieuses, sans perdre pied et en gardant une certaine forme d’équilibre.

C’est aussi cette vigilance, qui je l’espère, me permettra d’aborder la retraite avec sérénité et confiance.

  • Sommes-nous prêts, quant à nous, en équipe, en famille, dans notre environnement amical et professionnel à oser affirmer : « Je ne suis pas ce que je fais » ?
  • Qu’avons-nous à y perdre ?
  • Que pouvons-nous y gagner ?

Pierre Thépot

thepot.pierre@gmail.com